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mardi, 25 avril 2017 21:44

Une enquête simple

Pour mettre en évidence cette observation, il suffit de se livrer à une petite enquête. L’enquête est toute simple : il n’y a que deux questions à poser. Les résultats en sont très révélateurs.

La première question est celle-ci : "L’humanité vous parait-elle malade ?" Devant la situation bloquée et tellement douloureuse de l’humanité, cette question va de soi, elle est tout à fait légitime. A cette question, la très grande majorité des interrogés répond sans hésiter par l’affirmative. Certaines personnes hésitent à répondre. Pour les aider, on leur pose donc la question : “Vous paraît-elle en bonne santé ?” La réponse, à ce moment, est toujours négative. Et l’on tombe d’accord sur le fait que l’humanité est malade. Souvent il est ajouté spontanément un commentaire désabusé quant au pronostic de cette maladie (grave, terminal…). Cette première question en appelle donc une deuxième, encore plus légitime, qui est : "Et selon vous, quel est le diagnostic de cette maladie ?" Et c'est là que les choses deviennent intéressantes.

 

Ceux qui se prêteront à cette enquête observeront que les gens répondent, selon leur sensibilité ou leur vécu : "violence” ou “perte des valeurs” ou “injustice sociale” ou “corruption” ou ”égoïsme” ou “manque d’amour”, “manque du sens du divin”, ou “absence de politique d’état”... C’est à dire qu’ils énoncent un ou plusieurs symptômes que présente l’humanité. Nous disons bien symptômes et non pas diagnostic. Il y a en effet, en médecine, une différence importante, et c’est ce que nous allons voir, entre décrire des symptômes et énoncer un diagnostic.

 

Il convient, à ce moment-là, de reprendre l’enquête, et d’insister, en disant : « Ce que vous venez de me citer est une série de symptômes que présente le pays, mais ce que je vous demandais est : quel est le diagnostic de la maladie ? Quel est le nom de la maladie qui produit tous ces symptômes ? Je ne vous demande pas d’où vient la maladie, ni comment ou pourquoi elle a commencé, mais seulement comment elle s’appelle ».

 

Comparons avec un cas médical : une jeune femme, enceinte, se présente à la consultation avec une éruption cutanée, quelques ganglions dans le cou, une petite fièvre, une légère altération de l’état général. De quelle maladie est-elle atteinte ? Quel en est le diagnostic ? Nous dirons que ce qui nous intéresse n’est pas de voir qu’il y a des boutons rouges et de la fièvre (des symptômes), mais de savoir s’il s’agit d’une rougeole ou d’une rubéole ou d’une roséole… (un diagnostic). S’il s’agissait d’une rubéole, il est clair que le fœtus serait en grand danger (de rubéole congénitale), et que le fait de ne pas faire le diagnostic et de ne pas aviser la mère des risques qu’il encourt serait une faute professionnelle grave et l’engagerait dans une souffrance de 60 ans ou plus. Dans ce cas, le médecin ne peut pas se contenter d’observer les symptômes et de prescrire une petite crème et une aspirine (un traitement symptomatique), il doit aller jusqu’au diagnostic, en interrogeant plus sa patiente (antécédents, état de ses vaccinations…), en demandant des analyses de sang, etc. Le diagnostic est l’identification de la maladie, le fait de la reconnaître et de lui donner un nom, et non simplement l’observation de ses manifestations.

 

A ce moment de l’enquête apparaît une perplexité chez la personne interrogée. Elle commence à comprendre qu’elle s’est fait en quelque sorte piéger, et que l’on attend d’elle une réponse sur un autre plan. Elle approfondit sa réflexion, mais ce qu’elle propose reste encore et toujours de l’ordre des symptômes ou elle reste sans réponse. Les gens font mentalement le tour des symptômes qu’ils connaissent et se rendent compte progressivement que ce ne sont que des symptômes et pas un diagnostic, et que la démarche intellectuelle qui est la leur habituellement ne leur permet pas de répondre valablement à une question qu’ils reconnaissent pourtant comme fondamentale.

 

Il arrive souvent qu’on dise que l’humanité souffre d’un cancer. Quand les gens disent cela, c’est premièrement pour évoquer le pronostic très réservé qu’ils voient à sa maladie, et ensuite pour faire référence à un symptôme majeur de la maladie de l’humanité qui est l’autodestruction. On imagine un cancer parce qu’on voit cette infiltration de la délinquance, de la subversion, de la corruption, leur caractère dévastateur, leur tendance à métastaser, l’impossibilité de les éradiquer. Cependant, pour affirmer qu’il s’agit d’un cancer, il faudrait trouver une tumeur. La pratique de la fumigation des cultures illicites de coca peut bien aussi évoquer une chimiothérapie et nous fait rester dans le thème. Ces caractéristiques classiques de l’autodestruction sont effectivement bien présentes dans un cancer, mais, et c’est le point important, pas seulement dans cette pathologie. L’autodestruction est aussi et surtout la caractéristique centrale de ces pathologies étonnantes, les maladies auto-immunes, où l’organisme, qui ne reconnaît pas son propre soi, s’attaque lui-même. L’autodestruction n’est pas spécifique du cancer.

On ne peut donc pas en déduire que l’humanité souffre d’un cancer, mais seulement qu’elle est programmée pour son autodestruction, et ceci, bien sûr, n’est encore qu’un symptôme. Et la question du diagnostic reste sans réponse. On rajoutera que le Cambodge a souffert aussi les exactions d’une guérilla, les Khmers rouges, qui ont tué quelques deux millions de leurs concitoyens : autre exemple d’autodestruction inouïe. S’il s’était agi d’un cancer de la société, le Cambodge (malgré le nouveau fléau qui le touche, le SIDA) ne serait pas en train de se remettre de cette hécatombe, il serait déjà mort. Nous verrons plus loin que le diagnostic n’est définitivement pas celui-là.

 

Un cardiologue colombien me disait que la Colombie souffrait d’une insuffisance cardiaque congestive, une psychiatre d’une psychose maniaco-dépressive. Luis Carlos Restrepo[1] évoque une dépression. Il s’agit là effectivement de trois diagnostics, bien sûr différents, et aux couleurs de leurs auteurs. Nous verrons par la suite que l’observation qui mène à ces diagnostics est incomplète et inexacte et qu’ils ne correspondent donc pas non plus à la situation du pays.

 

Au cours de cette enquête apparaît souvent une affirmation, qui n’est évidemment pas un diagnostic non plus, mais qui mérite d’être notée pour sa récurrence et les implications qu’elle peut avoir pour la suite : il s’agit de cette perception fréquente, généralisée, que l’état de santé de la Colombie dépend de chacun des Colombiens. Tout le monde perçoit là une vérité importante, et cela en est effectivement une. Mais, bien sûr, ce n’est en rien un diagnostic. C’est une donnée fondamentale qu’il faudra inclure, à un moment ou un autre, et nous l’inclurons, dans la recherche de la solution des problèmes du pays.

 

Le lecteur aura sans doute déjà eu le temps de saisir l’intérêt de la question du diagnostic. Il en aura bien sûr compris le sens : comment imaginer qu'on fasse un jour un traitement efficace du pays si on n'a pas déjà fait un diagnostic précis ? Comment pourrait-on espérer faire un traitement efficace si on n’a pas identifié ce qu’il s’agit justement de traiter ? L'étape du diagnostic est fondamentale et totalement indispensable. Tout le monde sait très bien qu’on ne peut pas en faire l’impasse. Et pourtant…

 

Et pourtant, et cela, dans une certaine mesure, peut paraître invraisemblable mais c’est ainsi, aucun Colombien ne peut faire autre chose que d’énoncer des symptômes quand on lui demande un diagnostic. (Certains seulement, peut-être plus « prudents », préfèrent ne pas répondre)

 

Faire un diagnostic, c’est identifier une maladie à partir de l’observation complète de ses symptômes. Un diagnostic se fait en recueillant l’ensemble des symptômes que présente le malade. Tel ensemble de symptômes va caractériser telle maladie, un autre ensemble une autre maladie. Il ne suffit pas de constater une éruption cutanée (symptômes) chez une femme enceinte, il faut absolument savoir s’il s’agit d’une rougeole, d’une rubéole ou d’une roséole (diagnostic), les risques et les traitements de chacune étant totalement différents. Pour éviter les erreurs de diagnostic, il faut donc veiller à ce que les observations soient complètes, ne pas se contenter d’observer des boutons rouges, des symptômes, mais prendre en compte toutes les autres manifestations de la maladie.

 

Pour être plus complet sur ce thème technique, il faut préciser que les médecins entendent par syndrome un ensemble de symptômes. On parle de syndrome inflammatoire, de syndrome de destruction cellulaire (par exemple dans les hépatites virales, mais aussi dans d’autres pathologies). Ce n’est pas parce que les symptômes sont associés qu’ils deviennent un diagnostic : ils restent des symptômes ou des syndromes. Dans une hépatite virale, on retrouve un syndrome inflammatoire (avec tous ses symptômes), un syndrome de rétention biliaire (avec tous ses symptômes, physiques et biologiques), un syndrome de lyse cellulaire (avec tous ses symptômes) etc. Par exemple, on pourrait dire que la violence en Colombie est un syndrome. Les nombreux symptômes qu’il comporte sont les nombreuses exactions de la guérilla, les tout aussi cruelles et fréquentes des paramilitaires, celles de la délinquance commune, etc. L’injustice est un autre syndrome, qui englobe la concentration de la richesse, la diffusion de la pauvreté, la corruption et ses nombreuses manifestations etc. Mais observer des symptômes ou des syndromes, en faire des listes, ou des associations n’a toujours rien à voir avec l’énoncé d’un diagnostic.

[1] Luis Carlos Restrepo, est un médecin psychiatre qui a assumé en l’année 2002 la charge de Haut Commissionné pour la Paix en Colombie.

mardi, 25 avril 2017 21:44

L’observation manquante

Chacun pourra ainsi interroger son entourage, et avec un peu d’entraînement, constater soi-même cette première erreur méthodologique : les humains ne font pas le diagnostic du mal qui assaille l’humanité. La maladie de l’humanité n’est pas reconnue, n’est pas identifiée. Personne jusqu’à présent n’est en mesure de mettre un nom sur la maladie de l’humanité. Et ce n’est pas que l’humanité ne soit pas malade, c’est qu’avec la méthodologie utilisée jusqu’à présent on passe systématiquement à côté du diagnostic. Dans la chaîne logique qui mène à la guérison (observation, diagnostic, étiologie, traitement, guérison), l’étape du diagnostic est sautée de fait.

 

A cela s’ajoute un élément aggravant : non seulement les humains ne font pas ce diagnostic, mais en plus, ils croient en toute bonne foi qu’ils le font, alors qu’ils ne font que des observations. Quand on n’a pas fait de diagnostic, mais qu’on le sait, la situation est moins grave parce qu’on sait à quelle tâche il convient de s’atteler. Mais si on croit sincèrement que le diagnostic est connu, on s’enferre davantage dans l’erreur. Or, « Le propre de l’erreur et de l’illusion est de ne pas se manifester comme erreur ou illusion [1]» Cette confusion, que nous détaillerons un peu plus loin, est une autre erreur méthodologique, qui s’ajoute à la première. Nous sommes dans une situation d’inconscience, où le problème est présumé posé, alors qu'il ne l'est pas. C’est pour cela que les mesures adoptées pour corriger les maux de l’humanité sont inefficaces, et peuvent le rester indéfiniment. Beaucoup de “traitements” ne sont en fait que ajustements, des mesures partielles, c’est-à-dire des traitements symptomatiques, des traitements dirigés contre les manifestations de la maladie et non contre ses causes. Ils ajoutent ainsi obligatoirement leurs propres effets secondaires néfastes à leur inefficacité.

 

Les personnes interrogées objectent, à juste titre, qu’elles ne sont pas médecin, qu’elles ne sont pas formées à cette logique, qu’elles ne sont pas habituées à voir les choses ainsi. C’est vrai, le plus souvent. Néanmoins le mot diagnostic fait partie du langage courant. Le sens du mot est donc supposé connu. Il est relativement souvent utilisé. Il l’est essentiellement dans deux occasions : en médecine et en sociologie.

 

Si un membre de la famille tombe malade, s’il doit être hospitalisé, la question que tout un chacun aura sur les lèvres est : « Qu’est-ce qu’il a ? » Et en général, dans ces circonstances, on ne se contentera pas des symptômes, on insistera toujours jusqu’à savoir le diagnostic. « Oui, il a de la fièvre, docteur, mais elle vient de quoi ? Qu’est-ce qu’il a ? C’est une méningite ou une malaria ? » Sous-entendu : quel est le diagnostic ? Quand il s’agit de médecine, on va en général jusqu’au diagnostic, et même si l’on n’est pas médecin, on a une bonne notion de ce qu’est un diagnostic. Quand il s’agit d’une affaire médicale, il n’y a en général pas trop de confusion.

 

Les choses prennent une toute autre tournure quand il s’agit de sociologie, quand le malade n’est pas un individu, mais une société. Là aussi le mot diagnostic est souvent utilisé mais quand il s’agit d’une société malade, il semblerait que les sociologues, les anthropologues, les ethnologues ne se comportent pas comme des médecins et qu’ils n’ont pas la même préoccupation d’aboutir à un diagnostic (au sens médical). Ils se posent plutôt en observateurs et s’attachent à faire les descriptions les plus détaillées, les plus riches ou les plus pertinentes possible et les appellent « un diagnostic ». Mais ils ne suivent généralement pas une démarche médicale. Il est vrai qu’en sociologie, il est plus difficile d’examiner le patient qu’en médecine ; cela demande toute une méthodologie et du temps. Aussi il est bien probable que la préoccupation du diagnostic, c’est à dire l’identification de la maladie, l’art de la reconnaître et de lui donner un nom se soit perdue dans les méandres de l’observation. Il est fort possible que ce soit aux sociologues ou aux anthropologues que l’on doive la transformation du sens du mot diagnostic. Il y aurait une étude à faire sur ce thème. Toujours est-il que les sociologues utilisent le plus souvent le mot diagnostic pour désigner tout autre chose que le nom d’une maladie. Dans leur sillage les hommes politiques, les journalistes, les philosophes et tous ceux qui se préoccupent de la société se sont mis à utiliser le mot diagnostic dans le sens d’observation, de description, d’analyse, d’interprétation ou d’évaluation. Il y a eu glissement progressif et furtif du sens du mot diagnostic. Et on termine persuadé qu’on a établi un diagnostic quand, en fait, on n’en est resté qu’à l’observation.

Quelques dictionnaires ont pris note de cette « extension de sens » de ce mot. On trouvera mention des deux sens du mot dans les plus récents :

 

Diagnostic  

1. [médecine] identification de la nature et de la cause d'une maladie d'après ses symptômes      • faire une erreur de diagnostic
2. évaluation (d'une situation problématique) par l'analyse de diverses données
     • établir un diagnostic financier
3. [médecine] capacité à identifier la nature et la cause d'une maladie d'après ses symptômes
     • il a un excellent diagnostic 

Microsoft Encarta 2003.

 

Diagnostic : « Action de déterminer une maladie d’après ses symptômes » « Fig : prévision, hypothèse tirée de signes » Infom. Méthode de recherche et de correction des erreurs, dans un programme d’ordinateur »

Petit ROBERT.

 

Diagnostiquer : Reconnaître en faisant le diagnostic. (XX°) Fig. Prévoir ou déceler d’après des signes. « Les experts hésitent à diagnostiquer une crise économique ».

Petit ROBERT. 

 

Diagnostic n.m. (du gr diagnôsis, connaissance) 1/ Identification d’une maladie par ses symptômes. 2/ Identification de la nature d’un dysfonctionnement, d’une difficulté. 

Le petit LAROUSSE. 

 

Diagnostic (s. m.) Terme de médecine. Art de reconnaître les maladies par leurs symptômes et de les distinguer les unes des autres. Le diagnostic différentiel. Le diagnostic de cette maladie.

Littré.

Si dans cette enquête, on s’attache à bien définir ce qu’on entend par diagnostic, si on précise que c’est bien dans le sens médical qu’il est utilisé et qu’on attend la réponse, la personne interrogée finit généralement par bien comprendre ce qu’on attend d’elle, ce qui signifie que tous nous avons un certaine idée de ce qu’est un diagnostic. D’ailleurs, un peu plus tard dans la discussion, quand on en vient à énoncer ce qui parait être le diagnostic, tout le monde le trouve évident. Ce qui prouve bien qu’il n’est pas nécessaire d’être un grand expert pour faire le diagnostic, et que le simple bon sens remplit déjà parfaitement sa fonction.

Les choses prennent une toute autre importance si l’on considère que même les professionnels de la santé (des individus et des sociétés) se trompent systématiquement. Si l’on pose ces deux questions à des médecins, à des psychologues, à des sociologues qui, eux, de par leur profession, devraient avoir une tournure d’esprit favorable et un entraînement suffisant pour répondre correctement à la question du diagnostic ou, au moins, pour ne pas confondre symptômes et diagnostic, le résultat est le même. Quel que soit le statut social, professionnel ou intellectuel de la personne interrogée, la même erreur se reproduit. La seule différence consiste en ce que le panorama que présenteront les responsables, les élus, les journalistes, les intellectuels ou les universitaires sera très détaillé, assorti de chiffres, d’anecdotes, d’exemples précis, mais ce sera toujours une liste de symptômes, pas un diagnostic. Prenons quelques exemples tirés de mon expérience en Colombie, mais extrapolables à toute autre dimension.

 

Le livret intitulé : “La violencia en Colombia” de A. Montenegro et C.E. Posada[2], commence sa conclusion avec cette phrase : “Dans les sciences sociales, comme en médecine, il est crucial de pouvoir compter sur un bon diagnostic pour affronter les maux publics”. Et pourtant cette même conclusion termine en n’énonçant que des symptômes : présence d’un petit groupe qui tue et séquestre, appui financier du narcotrafic, permissivité d’un système judiciaire détraqué. Et la question fondamentale reste sans réponse; les auteurs ne nous donnent pas le diagnostic de cette maladie sociale qui fait qu’un petit groupe d’illuminés agressifs et un cartel de commerçants de mort fassent la loi dans une société qui ne se défend pas. Pas un diagnostic, malgré leur recommandation initiale, seulement trois symptômes !

 

Margarita Vidal commence son article[3] du 18 novembre 2001: “Que la Colombie soit un pays sur-diagnostiqué, c’est la vérité”(sic). Et sa deuxième phrase sert à énoncer ce qu’elle prend pour un diagnostic et qui n’est en fait, qu’une liste de symptômes : corruption rampante, impunité, massacres, assassinats… au total l’observation de treize symptômes, mais pas un seul diagnostic. Contrairement à ce qu’affirme Margarita Vidal, le pays n’est pas sur-diagnostiqué, mais profondément sous-diagnostiqué, c’est-à-dire sans diagnostic. Et il resterait à Margarita Vidal la tâche de définir ce que serait exactement un « sur-diagnostic ». En médecine cela n’existe pas. On ne parle pas de « sur-rubéole » ! La confusion est donc totale. Nous verrons plus loin que le pays n’est même pas « sur-observé », parce que de nombreux symptômes de la maladie de la Colombie échappent à l’observation qui est faite habituellement de cette société, pour une question d’angle de vue trop étroit et de grille de lecture inappropriée.

 

Dans le même genre d’idées, le journal El Tiempo publie une entrevue de José Fernando Isaza[4] qui, à la question : « Et le futur de la Colombie ? », répond ceci : « Il manque beaucoup. D’abord, nous avons besoin de bons diagnostics. Le pays est mal sur-diagnostiqué. Les bonnes études sur la Colombie sont si rares qu’elles se dévorent comme du pain chaud. Il nous faut comprendre où nous en sommes et où nous devons arriver. Il y a beaucoup de généralités, beaucoup de lieux communs. Nous sommes experts en phrases creuses. Nous avons grand besoin d’une vraie analyse de la situation.

 

  

Nous devons dessiner un Etat moderne dans lequel chacun ait sa place et qui retirerait à la subversion le peu d’argument qu’elle peut avoir. Ce pays dans lequel doivent trouver leur place les démobilisés d’un côté comme de l’autre, doit être plus démocratique, plus moderne, avec plus de fluidité des idées que des biens. Parce que les biens se trouvent partout. Le difficile est de trouver des idées ». Isaza ne croit pas si bien dire. Il y a une première idée qu’on pourrait donc lui suggérer, qui serait de retrouver le sens du mot diagnostic s’il veut vraiment une analyse de la situation du pays. Si le pays est malade il requiert d’abord un diagnostic ; il a besoin que la maladie dont il souffre soit identifiée. Il n’a pas besoin, contrairement à ce que dit Isaza, de plusieurs diagnostics, parce qu’il est peu probable qu’il souffre de plusieurs maladies en même temps, et qui si on réussissait à en faire au moins un, ce serait déjà une grande avancée, une prouesse. S’il évoque le mot diagnostic au pluriel, c’est parce qu’il ne peut pas se départir de l’habitude de ne considérer que les symptômes de la maladie, qui, eux, oui, sont nombreux. Observer des symptômes, c’est une chose ; faire un diagnostic, c’en est une autre. Quant à la signification de « surdiagnostiqué », on n’est pas plus avancé qu’avec Margarita Vidal. Si à cela on rajoute « mal surdiagnostiqué », alors là, définitivement on renonce à comprendre, on baisse les bras. La vraie analyse de la situation s’appelle tout simplement faire un diagnostic (dans le sens médical du mot).

 

A son tour, et comme beaucoup d’autres, Alejandro Gaviria[5] commet le même faux-sens : « Beaucoup d’hommes pratiques se plaisent à dire que ce pays est surdiagnostiqué. Que les études abondent, qu’il y a trop de rapports, que les enquêtes pullulent. Que la réflexion dilettante devrait céder le pas à l’action transformatrice. Mais ce que ne comprennent pas les pragmatiques (ceux de maintenant et ceux de toujours), c’est que les diagnostics ne brillent pas tant pour leur abondance que pour leur pauvreté. Ce n’est pas la quantité des études, des rapports ou des opinions qui nous accable, c’est leur qualité. Prenez par exemple le cas de la corruption. Un problème dans lequel les diagnostics les plus répétés n’ont jamais pu aboutir ne serait-ce qu’à la séquence correcte. Ou à la métaphore adéquate… ». Encore une fois, si on se place dans l’optique du diagnostic médical, si on lit un tel article avec l’idée qu’un diagnostic est l’identification d’une maladie à partir de l’observation de ses symptômes, on reste les bras ballants devant tant de confusion. Ceux qui auront lu le reste de l’article seront restés sur leur faim : ils ne sauront toujours pas, malgré les reproches que fait Gaviria aux pragmatiques, quel est le diagnostic de la maladie de la Colombie. Et ce n’est pas, encore une fois, en mettant ce mot au pluriel que la confusion va se dissiper. Ce que ne comprend pas Gaviria, c’est que le diagnostic ne brille ni par son abondance, ni par sa pauvreté, mais par son absence. Et la méthodologie qui devrait y mener aussi.

 

L’ancien maire de Bogota, Enrique Peñalosa, disait[6] que les causes de tant de violence sont, premièrement, qu’il existe une culture qui assimile autorité à autoritarisme, et deuxièmement, que nos enfants ne sont pas heureux. Encore une fois un énoncé de symptômes, et pas un diagnostic. Effectivement, en Colombie, l’autorité est bien chancelante et les enfants peuvent s’inquiéter pour leur futur. Mais pourquoi ? Quel est le diagnostic de cette maladie qui ronge ce pays, qui en pervertit l’autorité et qui fait que les enfants ne sont pas heureux. Il est bien certain que ces symptômes engendrent eux-mêmes des conséquences qui sont d’autres symptômes (l’abus d’autorité, la rébellion, l’anarchie, la confusion, le désarroi des jeunes…), et c’est ce que voulait dire Peñalosa, mais ces symptômes sont eux-mêmes des conséquences dans une chaîne ou un réseau de causalité. Quel est donc le désordre qui génère tout cela ?

 

Les intellectuels marxistes, les “penseurs” de la guérilla soutiennent que le problème du pays est l’injustice sociale, la concentration de la richesse, l’intervention nord-américaine, le déséquilibre des rapports de force entre « la société civile d’en bas » et « la société civile d’en haut », etc. Encore une fois, ce ne sont que des symptômes qui sont énoncés là. Il n’est jamais fait mention du problème qui génère tous ces symptômes. Il n’est pas formulé de diagnostic. Et les intellectuels marxistes, tout comme ceux qui ne le sont pas, ne se sont pas rendu compte non plus de la double erreur, ils n’ont pas vu qu’ils n’énoncent pas de diagnostic, et ils n’ont pas vu qu’ils croient pourtant sincèrement le faire.

 

Antonio Caballero, analyste reconnu de la réalité colombienne dit [7]: « Et il faut commencer par soigner la maladie qui est l’injustice, et pas seulement le symptôme, qui est, entre autres, la guérilla ». Il est vrai que la présence de la guérilla n’est dans un certain sens qu’une conséquence de l’injustice, donc un symptôme. Mais il n’empêche que l’injustice n’est pas le diagnostic de la maladie, n’est pas la maladie, mais seulement, encore et toujours un de ses symptômes, un symptôme d’un degré supérieur (ou un syndrome), certes, donc engendrant automatiquement d’autres symptômes, mais certainement pas le diagnostic. D’ailleurs, une page plus loin dans le livre cité, Caballero se contredit et s’embrouille en disant : « …la solution n’est pas dans la guérilla même, parce que la guérilla, tout comme les paramilitaires, n’est que le symptôme de la maladie et non la cause. De telle manière que le problème ne se règle pas avec des négociations ou avec des balles. Il se règle en traitant les causes de la maladie qui sont l’inégalité et la monstrueuse injustice économique et sociale du pays. Et aussi l’exclusion politique qui existe en Colombie depuis toujours. » Au symptôme - injustice - viennent donc se rajouter les symptômes – inégalité - et - exclusion politique -. On en arrive ainsi à cette habituelle liste de symptômes, qui est prise pour un diagnostic, mais la question de savoir quel est le nom de cette maladie qui génère, entre autres, injustice, iniquité et exclusion politique, reste encore sans réponse. On remarquera aussi que Caballero n’emploie pas le terme de diagnostic, alors qu’en présence de n’importe quelle maladie, il faut l’évoquer. Le problème, ici non plus, n’est donc pas posé correctement.

 

Sur n’importe quel moteur de recherche sur Internet, on peut croiser les mots « Colombia » et « diagnostico » et on voit que le sens donné au mot diagnostic est toujours celui d’étude ou d’observation. On trouve même des titres d’études du genre : « Comment diagnostiquer le service des Douanes ? » Le service des Douanes n’est pas une maladie. On ne peut pas diagnostiquer le service des Douanes. Mais on pourrait diagnostiquer une maladie du service des Douanes si celui-ci était malade.

 

La présentation du rapport du PNUD (Plan des Nations Unies pour le Développement) que l’on pouvait lire sur le site de www.terra.com.co le 5 mai 2003 décrivait ce rapport comme un élément clé pour la compréhension du conflit en Colombie et l’élaboration de solutions. Ce rapport était présenté comme résultat d’un effort conceptuel de grande ampleur et d’une méthodologie nouvelle et, selon l’auteur de l’article, serait « dans la ligne d’autres initiatives fondées sur la conviction que la Colombie est sur-diagnostiquée et que ce dont elle a besoin ce sont des politiques… ». Ce rapport consacre ses quatre premiers chapitres au « diagnostic du problème». En fait, ces quatre chapitres de diagnostic sont quatre chapitres de description du conflit armé, description détaillée de l’historique du conflit, de son état actuel et de sa complexité. Encore une fois, nous le voyons, le mot diagnostic n’est pas utilisé dans son acception médicale mais pour signifier une description détaillée du système. Et la sensation est que le système a déjà été amplement décrit et qu’il est l’heure de passer à des politiques, à des mesures thérapeutiques. Il est bien évident que comme aucun diagnostic véritable (au sens médical du terme) n’a été formulé, ces mesures ne seront malheureusement que des traitements symptomatiques. Un travail aussi considérable se termine ainsi sans que la maladie de la Colombie soit identifiée. Le titre, maladroit, de ce rapport était : La guerra, callejon con salida [8]. Pour qu’il y ait une sortie à la guerre, il faudrait que celle-ci ne soit considérée que comme un des nombreux symptômes d’une maladie de la société colombienne, et que cette maladie soit reconnue, identifiée. Alors seulement on pourra espérer que le traitement soit efficace.

 

Fernando Vallejo[9], de son côté, disait: “Colombia es un pais sin remedio” (la Colombia est un pays sans remède). Antonio Caballero a publié un roman qui s’intitule : ”Sin remedio” (sans remède). Dans ce livre, c’est aussi de la Colombie qu’il parle. Tous les deux se trompent. Ce n’est pas sans remède que se trouve le pays, c’est sans diagnostic. La Colombie est sans diagnostic, donc sans remède approprié, et, pour le moment sans guérison. La question du traitement, du remède, prend un tout autre sens quand le diagnostic est fait.

 

Ainsi, l’observation qui manquait et qu’il faut rajouter à toutes celles qui ont déjà été faites de ce pays, est que les Colombiens, malgré tous leurs efforts, n’ont pas réussi à se faire une idée précise de ce dont souffre la Colombie. On entrevoit déjà une des raisons qui font que l’on n’obtient pas les changements que l’on souhaiterait pour ce pays.

 

Un grand auteur de la pensée systémique, J. L. Lemoigne, écrivait : "Il faut apprendre à résoudre d’abord le problème qui consiste à poser le problème."[10] En médecine, et sans doute en sociologie et en politique, poser le problème, cela s'appelle faire le diagnostic. C’est donc l’étape du diagnostic qui attend maintenant les Colombiens. C’est de cela dont il sera question dans les prochains chapitres.

Le simple fait de se rendre compte que, jusqu’à présent, on a confondu symptômes et diagnostic et qu’on est donc passé à côté d’un véritable diagnostic de fond, est un progrès. C’est aussi une belle invitation à chercher.

[1] MORIN Edgar. La méthode, T 3, La connaissance de la connaissance. Points Seuil, Paris, 1986, p9-10.

[2] MONTENEGRO Armando, ESTEBAN POSADA Carlos. La violencia en Colombia. Alphaomega, Bogota, 2001, p 45.

[3] Journal El Tiempo. 18 Novembre 2001.

[4] Journal El Tiempo. 27 juillet 2003.

[5] Journal El Espectador. Semaine du 27 août au 2 septembre 2006, p 17 A.

[6] Journal El Tiempo. 15 Juillet 2001.

[7] CABALLERO Antonio. Patadas de ahorcado. Caballero se desahoga. Una conversación con JC Iragorri. Planeta, Bogota, 2002,  p 56 y 57.

[8] Allusion à l’expression : callejon sin salida (ruelle sans sortie), traduction du mot « impasse ». Le titre du rapport du PNUD devient : ruelle avec sortie, ce qui laisserait penser que la guerre n’est pas une impasse.

[9] Fernando Vallejo est l’auteur de “La virgen de los sicarios” (La vierge des tueurs)

[10] LE MOIGNE Jean-Louis. La modélisation des systèmes complexes, Paris, Dunod, Afcet systèmes, 1990. Cité in LUGAN Jean Claude. La systémique sociale. PUF, coll. Que sais-je ?, N°2739, Paris, 1993, p104.

Cela fait deux heures qu’un monsieur cherche ses clés dans la rue, la nuit, sous un réverbère. Un passant se propose de l’aider et lui demande : « Et vous les avez perdues où, vos clés ? – Je les ai perdues là-bas, dans le pré. – Mais pourquoi les cherchez-vous ici, alors ? – Ah, mais parce qu’ici, il y a de la lumière ! »

 

En ces quelques lignes, on peut raconter l’histoire de l’humanité !

 

Nous avons là une autre manifestation de cette confusion habituelle. On cherche toujours là où on a l’habitude de chercher ou là où on dispose de certaines facilités, et l’on arrive à cette dernière alternative dont nous parlions plus haut, où les clés existent, il y a une solution, mais comme on se trompe dans la procédure ou dans les prémisses, on ne trouve pas ce qu’on a perdu. Selon toute probabilité, la solution des problèmes de l’humanité existe. Mais la manière habituelle de procéder rend impossible l’émergence de cette solution. En son temps, Platon racontait à peu près la même chose à travers l’allégorie de la caverne[1]. L’arrangement de la conscience ordinaire est tel qu’on ne peut pas en trouver la sortie en première intention. Il y a toute une stratégie, toute une méthodologie à mettre en œuvre pour que l’on progresse réellement vers ce changement, vers cette sortie.

 

Pour essayer de regarder d’emblée dans la direction de la sortie, et de procéder méthodiquement dans la recherche des clés de l’humanité, nous allons proposer dans ce chapitre quelques bases théoriques et pratiques

 

[1] PLATON. La République. Traduction et notes par R. Baccou. Garnier-Flammarion, Paris, 1966, Livre VII, p 273.

mardi, 25 avril 2017 21:44

Le changement

Tous les humains disent vouloir le changement. Tous disent vouloir obtenir un ou des changements. Mais, comme nous le disions plus haut, la confusion est une tendance récurrente dans toutes les activités humaines. Et cette confusion, comme nous allons le voir, s’applique aussi au terme même de « changement ».

On peut relever le fait étonnant, qui est que, sur des mots aussi pleins de sens, aussi fondamentaux pour l’être humain que les mots “esprit”, “âme”, “intelligence”, “intellect”, “entendement”, “raison”, et bien d’autres, il n’y a pas de consensus quant à leur définition parmi ceux qui les utilisent. Ces mots sont amplement utilisés par tout le monde, ils font partie aussi bien du langage commun que du langage spécialisé. On pourrait croire qu’il existe un accord tacite sur le sens de ces mots et que ceux qui emploient ces termes sont bien en train de parler de la même chose; il n’en est rien. Qui plus est, les philosophes, les penseurs et les mystiques de tous les temps ont souvent utilisé un mot pour l’autre, les uns, par exemple désignant comme âme ce que les autres définissent comme esprit, et réciproquement. Sur des mots aussi chargés de sens, la porte est grande ouverte à la confusion et à la méprise. On connaît l’histoire biblique de la tour de Babel, équivalent pour les langues de la diffraction de la lumière blanche en une infinité de couleurs et de nuances de couleurs. On a l’impression de se trouver devant un phénomène du même genre quand il s’agit pour l’être humain de se connaître lui-même. On ne s’étonnera donc pas qu’un mot aussi simple que le mot « changement » soit lui aussi un sujet de méprise et de malentendu.

 

En effet, on distingue deux types de changement[1] : le changement 1, qui, par exemple, consiste à déplacer les meubles dans la prison, et le changement 2 qui consiste à sortir de la prison. Watzlawick et col[2] le présentent ainsi : « En proie à un cauchemar, le rêveur a la possibilité de faire plusieurs choses en rêve : courir, se cacher, se battre, hurler, sauter d’une falaise, etc., mais aucun changement issu d’une de ces actions ne pourra mettre fin au cauchemar (changement 1.) La seule possibilité pour sortir d’un rêve comporte un changement allant du rêve à l’état de veille. Il est évident que l’état de veille ne fait plus parti du rêve, mais représente un changement complet (changement 2) ».

 

Le changement 1 consiste à faire « plus de la même chose », à changer un élément pour un autre, tout en restant dans le système (il fait froid, je me couvre ; il fait plus froid, je me couvre plus). Dans un changement un, souvent la « solution » devient un problème, comme, par exemple, la prohibition de la drogue (ils se droguent, je réprime ; ils se droguent de manière effarante, je réprime de manière effarante). En médecine, les traitements symptomatiques sont des changements 1. Ils sont souvent d’efficacité très limitée parce que la cause du mal n’est pas atteinte, et ils génèrent fréquemment des effets secondaires néfastes, donc des risques ou des accidents. En sociologie, « il est attristant de voir la longue liste, au cours de l’histoire, de révolutions qui n’ont réussi, en fin de compte, qu’à aggraver les conditions qu’elles voulaient éliminer…[3] » Ainsi « Un système qui passe par tous ses changements internes possibles (quel que soit leur nombre) sans effectuer de changement systémique, c’est-à-dire de changement 2, est décrit comme prisonnier d’un jeu sans fin. Il ne peut pas engendrer de l’intérieur les conditions de son propre changement ; il ne peut pas produire les règles qui permettraient de changer ses règles. [4]» Le changement 1 consiste à déplacer, refouler ou enfouir un objet, une donnée ou une force. Et chacun sait que ce qui est déplacé réapparaît un jour ou l’autre, que ce qui est refoulé ressurgit sans cesse, plus fort et moins gérable. On pourrait, pour éviter toute confusion, appeler la changement 1 « changement–déplacement ».

Le changement 2 est donc celui qui nous intéresse ici. Il s’agit pour l’humanité de sortir d’une prison, c’est-à-dire d’une situation de plus en plus intenable, d’une série de cercles plus vicieux les uns que les autres dans lesquels l’humanité s’enfonce progressivement. Le changement 2 est la sortie d’un système, il prend toujours la forme d’une discontinuité ou d’un saut logique. « Alors que le changement 1 semble toujours reposer sur le bon sens, le changement 2 parait bizarre, inattendu, contraire au bon sens : il existe un élément énigmatique et paradoxal dans le processus de changement… Il place la situation dans un nouveau cadre »[5]. Ses manifestations sont paradoxales et apparemment illogiques parce que, pour qu’il se produise, il faut qu’une réalité, disons non ordinaire, fasse irruption dans la réalité ordinaire (je veux sortir de l’eau, m’appuyer sur l’eau ne me sert à rien; mais arrive un bateau) et la déstabilise pour permettre l’émergence d’une solution. C’est ce que fait le judoka quand il introduit une donnée nouvelle dans le combat : il cesse de résister, et son adversaire chute, emporté par son propre élan. Si c’est d’une prison dont il s’agit, l’élément paradoxal dans ce cas, c’est la clé. Seule la clé, élément non ordinaire du système, permet d’en sortir. Une chenille ne peut pas imaginer qu’un jour elle volera. Tant qu’elle n’a pas effectué sa métamorphose elle ne sait pas ce qu’est un changement 2. En devenant papillon elle sort du système-chenille et s’apprête à entrer dans le système-papillon, en passant par le système-chrysalide. Elle vit un changement 2, une métamorphose, une transmutation, une transformation. Appelons ce changement 2 le « changement-métamorphose ».

 

Pour l’humanité, c’est un changement-métamorphose qui doit se produire, un changement véritable. Qu’on reconnaîtra à son caractère énigmatique et paradoxal. Confondre les deux types de changement est une erreur méthodologique, qui expose au risque que toute la bonne volonté de la société et tous ses efforts, encore une fois, s’épuisent dans l’obtention d’un changement-déplacement inutile, c’est-à-dire d’un cercle vicieux.

On sait maintenant que le changement est un de ces termes qu’il faut bien définir avant de s’en servir. On sait aussi maintenant que, quand un candidat à la présidence de la république, ou un guérillero, ou un mari volage nous promettront le changement, il ne faudra pas oublier, cette fois, de leur demander à quel type de changement ils font référence.

 

Les humains vont-ils faire seulement ce qu’ils font depuis longtemps, chacun à son niveau, avec éventuellement “plus mais de la même chose”, et ainsi réaliser seulement un changement qui n’en est pas un, et continuer à tourner en rond dans leur prison de confusion, de violence et de misère qui est leur quotidien ? Ou vont-ils vraiment en sortir, individuellement et/ou collectivement, en prenant les mesures nécessaires ? Est-ce réellement un changement-métamorphose ce qu’ils souhaitent au plus profond d’eux-mêmes ? La société peut-elle effectuer un changement-métamorphose ? Les humains sont-ils prêts et décidés à chercher, trouver et utiliser des moyens nouveaux, inattendus et paradoxaux pour secouer, ébranler et, finalement, rompre le cadre social pathologique dans lequel ils souffrent ?

 

L’avenir nous répondra.

 

[1] WATZLAWICK Paul, WEAKLAND John, FISCH Richard. Changements. Paradoxes et psychothérapies. Points Seuil, Paris, 1975, 191 p.

[2] Ibid.,p.29.

[3] Ibid.,p.40.

[4] Ibid., p 40.

[5] Ibid., p 103.

Nous évoquions plus haut cet état énergétique fréquent, la pénurie, en disant que tout déficit d’énergie dans un système vivant va se traduire par deux symptômes : désorganisation du système et impossibilité de changer la situation.

Il est bon de rappeler que la désorganisation provient d’un déficit d’informations et l’immobilisme d’un manque de dynamisme.

Observant l’énergie de l’humanité nous nous retrouvons donc devant un paradoxe. Nous remarquons à la fois des manifestations très claires de pénurie d’énergie (désorganisation, pauvreté, immobilisme…)  et, dans le même temps, des manifestations tout aussi claires d’excès d’énergie (pour la violence, la corruption, l’abus de pouvoir sous toutes ses formes…). Nous sommes ainsi en présence d’un paradoxe. Comment peut-il se faire qu’un système vivant se présente à la fois en excès et en déficit d’énergie ?

Les réponses que l’on obtient quand on pose ces questions font toujours référence aux notions de bien et de mal : « Pour le mal, il y a de l’énergie, pour le bien non » ou « Ce sont toujours les énergies mauvaises qui l’emportent sur les bonnes » ou il est fait référence à des énergies négatives et à d’autres positives. Sans en être vraiment conscient, on introduit une qualification de l’énergie, qualification qui entre spontanément dans le cadre d’une certaine morale (le bien et le mal). Mais on oublie ainsi que l’énergie, qui est une réalité naturelle, est comme la Nature : elle se moque bien de notre morale, elle ne dépend pas de nos jugements, elle se contente d’être ce qu’elle est. Cette Nature qui nous donne tout (le soleil, les aliments…) peut tout aussi bien nous laisser mourir de soif à trois mètres d’une source. Elle ne déplacera pas la source. Et cela n’est ni bien ni mal. Cela est, et c’est tout. La qualification de l’énergie en bonne ou mauvaise est la plus inappropriée qui soit.

Néanmoins l’énergie peut être qualifiée. Elle ne le sera pas selon des critères moraux, nous venons de le voir, mais selon des paramètres naturels. Dans la Nature existent effectivement deux formes de l’énergie. On enseigne aux médecins et aux thérapeutes, lors de leur premier cours d’acupuncture, que l’énergie, de même que tout ce qui existe sur cette Terre, est soumise à la dualité. De même qu’il y a le jour et la nuit, le haut et le bas, l’intérieur et l’extérieur, la droite et la gauche, devant et derrière…, il existe deux modalités de l’énergie, deux pôles : le pôle Yin et le pôle Yang. Dans une première approximation, on peut assimiler le Yin à l’énergie féminine et le Yang à l’énergie masculine. Yin et Yang ou féminine et masculine, voilà les formes de l’énergie que l’on rencontre dans la Nature, voilà donc la qualification de l’énergie qui peut être retenue. Toute personne qui voudra se familiariser avec la notion d’énergie aura intérêt à apprendre à différencier ces polarités, à reconnaître les attributs de l’une et de l’autre. Nous les détaillerons un peu plus loin.

 

Les deux qualités de l’énergie Yin et Yang introduisent ce qu’on peut appeler le bilan qualitatif de l’énergie. En cette même première de cours d’acupuncture, on nous enseigne en effet que l’énergie peut se présenter en équilibre (autant de Yin que de Yang) ou en déséquilibre (plus de Yin que de Yang ou l’inverse).

mardi, 25 avril 2017 21:44

Equilibre et déséquilibre

L’énergie d’un système vivant peut adopter trois positions : une position d’équilibre Yin / Yang ou deux positions de déséquilibre (YANG / yin ou YIN / yang). Ces positions vont évidemment déterminer des différences dans le fonctionnement du système.

 

Comme il n’y a rien de plus éloquent qu’un exemple, à ce stade du raisonnement, il est très utile de se demander : « Et l’énergie du système humanité, dans laquelle de ces trois positions se trouve-t-elle ? » Pour présenter les choses encore plus simplement, on peut déjà se poser une première question : « L’énergie de l’humanité est-elle en équilibre ou en déséquilibre ? » A cette question, la totalité des humains interrogés répond immédiatement que non, l’énergie de l’humanité ne leur paraît pas du tout en équilibre. Voilà déjà un point important. Elle est donc en déséquilibre. Mais lequel ?

L’énergie génère le fonctionnement d’un système, elle induit donc des comportements et des valeurs ; il est possible de reconnaître à travers leur observation le déséquilibre énergétique qui affecte la Colombie. Quels sont les comportements (Yang masculins ou Yin féminins) qui l’emportent, qui prédominent, qui s’imposent le plus dans ce pays ?

 

Quand le problème est posé en ces termes, la très grande majorité des personnes interrogées, même sans connaître les caractéristiques ni du Yin ni du Yang, avec comme seule indication la notion de genre (masculin / féminin) répond sans hésiter que les comportements les plus saillants, les plus visibles sont indiscutablement les comportements Yang masculins.

 

Il n’y a pas équilibre Yin / Yang dans l’humanité, il y a excès de Yang, donc fonctionnement de type masculin exagéré, excès de comportements et de valeurs masculins. Et il apparaît tout aussi clairement que le monde souffre d’un déficit évident de force Yin, d’un fonctionnement de type féminin insuffisant et que ses comportements et ses valeurs féminins ne font pas le poids, ne parviennent pas à s’imposer.

 

L’observation de l’humanité aboutit ainsi à la constatation qu’elle vit en déséquilibre énergétique, avec un excès d’énergie Yang et un déficit d’énergie Yin. Ce déséquilibre se traduit par une prédominance des comportements masculins sur les comportements féminins et une prépondérance des valeurs masculines sur les valeurs féminines. C’est ce déséquilibre qui explique le paradoxe que nous mentionnions plus haut de la coexistence à la fois de signes très clairs de pénurie d’énergie dans le système Humanité (pénurie de Yin) et de signes tout aussi clairs d’excès d’énergie (excès de Yang). 

L’énergie Yang conditionne le fonctionnement, les comportements et les valeurs masculins. Elle est en rapport avec la création, l’activité, l’intention, l’extérieur, l’émission. Elle permet l’action, le passage à l’action, la possibilité de réussite, l’initiative, la décision, la combativité, l’autorité, l’ordre, la protection, la hiérarchie, le pouvoir, la domination.

 

L’édification d’une maison, l’érection d’un gratte-ciel, la construction sont des activités Yang.

 

L'énergie masculine favorise les comportements de compétition, d’antagonisme et la logique d’exclusion, c’est une force de disjonction (force centrifuge). Dans un groupe d'animaux, les mâles, chargés de la conquête, de l’appropriation et de la défense du territoire, se combattent et s'éliminent ; ils mettent à mort. Seul reste le plus fort (loi du plus fort, évolution par sélection naturelle). Il doit être non seulement le meilleur mais le seul à pouvoir s'occuper des femelles. Et tuer son adversaire, dans ce contexte, est considéré comme normal : le lion qui a tué son adversaire devient le chef. Appliqué aux humains, cela donne la recherche du pouvoir et la guerre qui sont des activités Yang de domination, d’élimination et d’appropriation.

L’organisation Yang est  de type vertical, pyramidale, hiérarchique (cf. les Forces Armées, l’Eglise Catholique) avec désir de contrôle, contrôle descendant sur le peuple, secret, rétention de l’information, méfiance, donc l'ordre, la planification, l'appropriation par  l'establishment.

 

Elle est en rapport avec le côté droit du corps.

 

Le temps est Yang, la persévérance et la durée le sont donc aussi.

 

L’énergie Yang soutient, anime l'activité mentale et intellectuelle. L'instrument masculin, Yang, de connaissance du monde est le mental ou intellect (la tête). C’est le support de la raison, de la rationalité, c’est le monde des idées, des pensées, des concepts, des théories, des doctrines, des idéologies et des idéalisations (la morale). Au même titre, la parole, le discours, la prédication sont des activités Yang. L’énergie Yang alimente une conscience avec intention, à la recherche d’un but, que Graf Durkheim[1] appelle la conscience “flèche”, une conscience qui n’accepte pas la réalité telle qu’elle est, qui ne lui accorde pas de légitimité, mais se propose de la changer. « Je vais changer le monde »

 

Le Yang est lié au visible, à la lumière, au simple, à la surface, au conscient, à la science ; il favorise la pensée analytique, il procède à la séparation, à la disjonction. Le mental isole un facteur de son contexte pour l'analyser. Il ne prend en compte que ce qui est objectif (l’objet, le texte) et n’a accès qu’à la causalité linéaire.

 

Pour résumer, on pourrait souligner : Yang = appropriation, compétition, exclusion, disjonction, élimination, hiérarchie, intellect, conscience « flèche ».

[1] DURKHEIM Karlfried Graf. Méditer, pourquoi et comment. Le Courrier du livre, Paris, 2006, p 133.

L'énergie Yin conditionne le fonctionnement, les valeurs et les comportements féminins. Elle est passive, réceptive, sans intention, intérieure, elle évoque le don de soi, la soumission, la quiétude. Elle est à la base de ce mode d’action par infiltration typiquement féminin, l’influence (l’influence est souvent qualifiée de féminine).

 

La construction Yin est interne, invisible, silencieuse : la fécondité, l’engendrement de la vie, la nutrition. Les femelles donnent la vie.

 

L'énergie féminine nourrit les comportements de coopération, de collaboration, de partage, de participation, de coexistence, d'inclusion, de conjonction, de mutualité, d’entraide, de solidarité, de responsabilité sociale. Il appartient aux femelles de constituer le foyer (non pas tant le nid que ce qu’il y a dedans), la famille, la fraternité, la convivialité, la communauté. C’est une force centripète. C'est ce pôle de l'énergie qui permet l'apparition et le fonctionnement d'un tissu conjonctif dans un organisme, d'un tissu social dans une collectivité, qui permet donc la communication et la compréhension entre les parties d'une société, qui transforme une société rivalitaire en communauté.

 

L’organisation Yin est horizontale, réticulaire (en réseau). L'énergie Yin permet les interactions entre les éléments constitutifs d’un ensemble, favorise une logique d’association, façonne des réseaux, des organisations, dans lesquels le fonctionnement se fait en parallèle, sans hiérarchie et sans contrôle (comme sur Internet) avec communication et partage des informations. L’effort est partagé, les gains le sont aussi. La position de chacun des éléments d'un réseau est la confiance : « Dans le système en question, je fais ce que j'ai à faire et j'espère que les autres le font aussi ; de toute façon, je ne peux ni ne veux exercer aucun contrôle ». Dans un troupeau d’éléphants, pour se défendre du tigre et protéger leurs petits, les femelles se disposent en cercle, les petits au centre du cercle et elles, les défenses vers l’extérieur. Une éléphante isolée risque bien de perdre son petit.

 

Si la hiérarchie et l’establishment sont Yang, le peuple, lui, est Yin.

 

Le mode féminin d'évolution est l'évolution par auto-organisation.

 

Quand un réseau fonctionne bien (dans le cas, par exemple, d’une démocratie véritablement fonctionnelle), il en émerge une force, une intelligence et une créativité collectives et il en résulte un contrôle ascendant sur la hiérarchie, sur les dirigeants et les représentants politiques[1], sociaux, économiques et religieux, sur les experts scientifiques et techniques[2].

 

L'énergie Yin alimente une conscience passive, toujours réceptive, sans intention, une conscience "coupe"  (G. Durkheim) qui  accepte la réalité telle qu'elle est, sans nommer, sans juger, qui dit "oui" à la réalité telle qu’elle se présente sans prétendre la changer, qui reconnaît sa légitimité. La phrase Yin par excellence est : « C’est ainsi. » Notons, au point de vue pratique, que le fait de s'en remettre avec confiance à la vie, de dire : "oui; entrez", en admettant que "c'est toujours Dieu qui frappe"[3], ne bloque pas le jeu de l'énergie et la réalité, influencée, finit par se transformer, tandis que l'attitude Yang, qui se propose, par idéalisation, de transformer la réalité, en bloque ou en limite au contraire l'évolution.

 

Elle est en rapport avec le côté gauche du corps.

 

L’espace est Yin.

L'instrument féminin de connaissance du monde est la sensibilité (le cœur). Les instincts et sensations en sont ses instruments au niveau élémentaire, l’intuition au plan supérieur, la vie affective et émotionnelle entre les deux.

 

Le Yin est traditionnellement lié à l'obscur, l'invisible, l'inconscient (cela probablement en rapport avec son déficit actuel), lié aussi aux profondeurs. Il permet l'accès au fondamental, à la complexité, à la pensée systémique ou complexe, à la compréhension et à la perception du contexte général du système, du Tout (le contexte, le sujet) et pas seulement de ses éléments constitutifs. (Un système est plus que la somme de ses parties).

 

En résumé, on pourrait souligner les principales caractéristiques du Yin : conjonction, partage, coopération, inclusion, réseau, sensibilité, conscience « coupe ».

[1] Exemple récent de l’Ukraine, aux élections présidentielles de décembre 2004.

[2] CALLON Michel, LASCOUMES Pierre, BARTHE Yannick. Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique. Seuil, Paris, 2001.

[3] MARCHAL Jean. L’Apocalypse de Jean. Albin Michel, Question de N°68, Paris, 1987.

 

Quand on se prête à la qualification de l’énergie en deux pôles, quand on apprend à différencier l’une des polarités de l’autre, on en vient presque toujours à commettre l’erreur de confondre ces polarités de l’énergie avec le genre masculin ou féminin. Il est donc important, à ce stade de notre exposé, d’introduire cette remarque de première importance : on ne peut pas assimiler le Yang avec l’homme, ni le Yin avec la femme, et cela pour une raison simple que nous allons considérer.

 

La raison en est que tout système vivant, y compris, bien sûr, l’être humain, est un dipôle Yin Yang, ainsi tout homme ou toute femme fonctionne avec une énergie Yin et une énergie Yang. Pour être soumis à la dualité (naissance / mort, droite / gauche, vie extérieure / vie intérieure…), les êtres humains, qu’ils soient du genre masculin ou du genre féminin, sont animés des deux formes de l’énergie. Ils peuvent ainsi, quel que soit leur sexe, développer les comportements et les valeurs aussi bien Yang que Yin. On considère d’ailleurs comme équilibré l’être humain, homme ou femme, qui est capable des uns comme des autres.

 

Cette erreur procède d’une simplification et d’une réduction. Le concept de Yang est plus vaste que celui d’homme, le concept de Yin plus aussi que celui de femme. Ce qui n’empêche que la notion de masculin reste une bonne approximation du Yang, comme celle de féminin le reste pour le Yin.

 

Il y a réduction quand on limite un être humain à son sexe physique. Mais c’est faire peu de cas de ce qu’on pourrait appeler le « sexe énergétique ». On s’attend généralement à trouver chez une femme des comportements et des valeurs Yin prépondérants, et bien sûr l’inverse chez l’homme. On pourrait qualifier cette situation d’état énergétique standard. Mais il n’y a pas toujours correspondance ; on est souvent amené à rencontrer des hommes au caractère et au comportement féminins, comme des femmes au caractère et au comportement masculins. Aussi bien l’histoire que le temps présent sont riches d’exemples de ces « dames de fer » dont les apparences sont celles d’une femme, mais dont la réalité (énergétique, donc comportementale) est celle d’un homme. Il va de soi que la situation idéale pour tout être serait l’équilibre, et la possibilité de disposer à la fois de force paternelle et de douceur maternelle, d’un Yang et d’un Yin, l’un et l’autre en plénitude.

 

 

POUR ARRANGER NOS PROBLEMES, NOUS DISPOSONS DE

 

DEUX FORCES

Una Fuerza Yang masculine

d’AFFRONTEMENT

que permet

L’ELIMINATION

Une Force Yin féminine

d’INFLUENCE

qui permet

LA TRANSFORMATION
DE L’ADVERSAIRE     OU     DE LA SITUATION

DEUX CONSCIENCES

Une conscience Yang

Masculine

Active   

Emettrice

Intentionnelle

“Je vais changer le monde”

CONSCIENCE FLECHE

Une conscience YIN

Féminine

Passive

Réceptrice

Sans aucune intention

“C’est ainsi”

CONSCIENCE COUPE
DEUX DIMENSIONS

EXTERIEURE

FAIRE

AVOIR

INTERIEUR

ÊTRE

ÊTRE (ICI ET MAINTENANT)

 

© Dr Xavier ETIENNE

mardi, 25 avril 2017 21:44

Introduction - Le Patriarcat

Un être qui vit dans le déchirement et la contradiction ne peut pas être pacifique à l’extérieur.

 Eugen Drewermann

 

L’observation de l’énergie de la société humaine met en évidence un déséquilibre qualitatif : une pénurie d’énergie Yin associée à un excès d’énergie Yang. Ce déséquilibre porte un nom : société patriarcale. Ce déséquilibre est la définition énergétique de toute société patriarcale, c’est-à-dire de toute société qui favorise les énergies, les valeurs et les comportements masculins et réprime les énergies, les valeurs et les comportements féminins.


 

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